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En direct de Tel Aviv : Un ordre de passage qui fait toujours polémique

Et si finalement les bookmakers étaient dans le vrai ? Et si finalement les Pays-Bas allaient remporter ce Concours Eurovision de la Chanson 2019 devant l’Australie et la Suède ? C’est le scénario qu’ils nous vendent en ce vendredi matin. D’ailleurs la cote des Pays-Bas qui était jusqu’à présent de 25% s’est envolée dans la nuit à 43% !

Après une nuit blanche à Tel Aviv, d’abord parce que la seconde demi-finale de l’Eurovision a livré son verdict, et ensuite parce qu’il y avait effectivement une nuit Blanche dans la ville, sur le modèle de ce que nous connaissons à Paris avec beaucoup d’animations, chacun analyse et décortique l’ordre de passage révélé peu avant 3h (heure de Tel Avivi) sur le site d’eurovision.tv.

Deux heures avant, les noms des dix qualifiés avaient été révélés, et cette fois il n’y a pas eu pas de vraie surprise. Ils étaient nombreux ici à avoir pronostiqué neuf pays sur dix. Pays-Bas, Russie, Azerbaïdjan, Macédoine du Nord, Suède, Norvège, Danemark, Suisse et Malte étaient régulièrement cités et le dernier ticket était tangent : Arménie, Moldavie, Roumanie, Croatie et Albanie revenaient le plus souvent. C’est finalement l’Albanaise Jonida Maliqi qui l’a décroché et qui avec ses neuf camarades a rejoint en finale Australie, Islande, Serbie, Chypre, Grèce, Estonie, Belarus, Slovénie, Tchéquie et Saint-Marin.

Que retenir de ces vingt noms ? C’est d’abord qu’il ne manque aucun favori. Ensuite, individuellement, on constate deux grands retours. La Macédoine, qui n’est plus ancienne république yougoslave mais du Nord, après une décennie épouvantable (une seule qualification en finale en 2012 sur les onze dernières années) a enfin vaincu la malédiction et a retrouvé le chemin de la finale. Tout comme la Suisse, dont on disait à tort qu’elle comptait se retirer car elle n’avait depuis 2012 accédé à la finale qu’une seule fois en 2014. L’Islande elle aussi est de retour après sa dernière finale en 2014. Quant à la République Tchèque et à Saint-Marin, qui ont tous les deux connu des premières années très difficiles à l’Eurovision, elles sont en finale, troisième finale pour les Tchèques et seconde finale pour les San-marinais.

Du côté des malchanceux, c’est la fin d’une jolie série pour la Hongrie, régulièrement présente en finale depuis son retour en 2011, mais aussi pour l’Autriche qui reste à quai après cinq finales successives. Par ailleurs on remarque que des pays dont le potentiel au télévote a toujours été un atout, Arménie, Pologne et Roumanie, ont encore loupé le coche cette année. C’est d’ailleurs la première fois que Roumanie et Moldavie sont éliminées toutes les deux d’un Concours où elles participent ensemble. Ces absences de pays qui avaient leur place pratiquement assurée en finale par le passé prouve que le public devient progressivement adulte et que le poids des votes communautaires diminue d’année en année.

L’ordre de passage est fixé depuis 2013 par la production après que chacun (sauf le pays organisateur) ait tiré la première partie (positions 1 à 13) ou la seconde (positions 14 à 26). A-t-il une influence sur le résultat ? La production affirme que non. Tout le monde considère que oui et surtout qu’il faut éviter de passer trop tôt. Le problème est que si la production compose son ordre de passage afin d’assurer une alternance et une diversité des styles et des genres dans le programme, elle le fait également, même si elle ne le reconnait pas officiellement, en fonction des résultats des demi-finales qu’elle ne peut ignorer et donc cet ordonnancement s’en retrouve inévitablement biaisé.

Par le passé, la production a été plutôt généreuse avec les pays qui avaient fini premier de leur demi-finale et qui avaient tiré la première partie de la finale : ils se voyaient attribuer un ordre de passage entre 10 et 13 et remportaient le Concours (Autriche en 2014 en position 11, Suède en 2015 en position 10, Portugal en 2017 en position 11) ou faisaient un Top 3 (Australie en en 2016 en position 13).

Mais pour ceux qui avaient fini second on était parfois moins généreux. La Roumanie en a fait les frais en 2014 : elle s’est retrouvée en position 6 et a terminé 12ème en finale. Idem pour la Hongrie en 2017 (position 8 et 8ème en finale). Mieux traitées, en 2013 la Russie était passée en position 10 et avait fini 5ème et la Suède en position 13 avait fini 3ème.

Le vainqueur de sa demie qui a été le moins gâté a été la Norvège l’an passé, qui s’est retrouvée en position 7 et a fini … 15ème (après avoir remporté sa demi-finale) !

Alors quand on regarde la première partie du tableau de la finale, on se dit que les Pays-Bas, la Suède et accessoirement Chypre voire la Grèce, ont probablement bien réussi en demi-finale puisque la production a soigné leur ordre de passage (respectivement 12, 11, 9 et 13). Par contre, la Russie qui hérite de la position 5, est moins gâtée et a probablement perdu toute chance de victoire. Sa cote a d’ailleurs dégringolé en quelques heures. Visiblement à l’UER on n’a pas envie d’aller à Moscou, Saint-Petersbourg ou Sotchi en 2020.

C’est moins compliqué quand on a réussi sa demi-finale et qu’on a tiré la seconde partie où la production nous place autour de la 19ème place: En 2013 Danemark en position 18 et Azerbaïdjan en position 20, en 2015 Lettonie en position 19, en 2016 Russie en position 18, en 2018 Israël en position 18 et Suède en position 20.

Les toutes dernières positions de la finale ont toujours été l’endroit où la production a placé des titres forts qui avaient bien marché en demi-finale. Vainqueurs de leur demi-finale, on a retrouvé en 2014 les Pays-Bas en position 24, en 2015 la Russie en position 25 et en 2017 la Bulgarie en position 25, une position où avait été placé Chypre, second de sa demi-finale en 2018. De là à penser que ça s’est bien passé en demi-finale pour l’Australie et la Suisse, il n’y a qu’un pas que nous franchissons allègrement.

Reste le Big 5. Et là, la production ne peut pas faire autrement que de s’en remettre, comme nous, aux bookmakers. Ainsi France et Italie, que les bookmakers voient pour le moment dans le Top 10, sont placées respectivement en position 21 et 22, juste après l’Azerbaïdjan.

L’Allemagne et le Royaume Uni, promis à terminer dans les derniers par les bookmakers, passent chacune au début de leur partie respective : position 4 pour les Allemands et position 16 pour les Britanniques. Ça débarrasse. Quant à l’Espagne, lorsqu’elle a tiré la seconde partie dimanche, il semblait évident que c’était le titre idéal pour clore la finale en position 26. Dont acte.

Est-ce un bon ordre de passage pour Bilal Hassani, notre représentant ? La position 21 est un bon ordre de passage, mais se retrouver coincé entre l’Azerbaïdjan et l’Italie l’est moins. C’est sûr qu’on aurait préféré avoir la Serbie juste après nous. Et pour ceux qui aiment les statistiques, seul l’Ukraine a gagné en passant en position 21.

Bref, la question de l’ordre de passage reste toujours très touchy et l’argument de la diversité ne tient plus quand on considère le pont des positions 17 à 22 avec globalement six chansons pops. N’aurait-il été pas plus logique de faire remonter la Serbie et les Pays-Bas, deux chansons lentes qui ne se retrouvent en fin de programme séparées que par une chanson dansante celle de la Suisse ? Quoi qu’elle fasse la production sera blâmée, mais il faut reconnaître qu’elle prête le flan à la critique.

Le manque de transparence dans lequel cet ordre de passage est décidé est le nœud du problème et finalement si c’est pour avoir en finale un pont de six chansons pops, on préfèrerait quand même laisser le hasard trancher.

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Eurovision 2007, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016, 2017, 2018 Destination Eurovision 2018